Et si on parlait de l’hôtel du Palais

C’est le grand oublié du début de campagne électorale à Biarritz. Bizarre alors qu’un fils de pub veut le racheter.

« Aux marches du palais. Aux marches du palais. Y a une tant belle fille, lon la. Y’ a une tant belle fille… » Txotxolo a la chansonnette facile mais le refrain est bien triste de nos jours à Biarritz.

Non que notre ville manque de jolies filles, loin de là. Mais aux marches de l’hôtel du Palais, ce ne sont pas les reines de beauté qui font mal aux yeux mais ces horribles panneaux publicitaires estampillées JCDecaux, vulgaires et bétonnés, qui défigurent un lieu d’exception. Des « Decaux-chonneries », comme les ont surnommés les Biarrots !

Plus encore qu’une faute de goût, c’est une injure à la majesté des lieux qui ont vu défiler tant de têtes couronnées et de grands de ce monde, jusqu’à un vilain canard orangé et trumpisé, en 2019. La vilaine fouine en couine de douleur : on connaissait les hommes sandwich, voilà Biarritz réduit au statut de ville sandwich à la gloire du leader mondial de l’abris-bus et la sanisette… sous les fenêtres d’un cinq étoiles, modèle de l’élégance à la française, et du Casino municipal, pourtant inscrit aux Monuments Historiques. Serait-ce le prix à payer pour avoir laissé entrer le loup dans la bergerie ?

Pauvre Eugénie, des malfrats ont déjà dérobé son diadème, son nœud de corsage et fracassé sa couronne, manquerait plus que son palais biarrot finisse en flagship d’un support de pub.

Menacé de faillite, l’hôtel, ancienne résidence impériale de Napoléon III et Eugénie (la vraie, pas son ersatz) de Montijo, a été racheté par la ville de Biarritz dans les années 50. Cette merveille architecturale appartient donc aux Biarrots ?

Pas si simple… Les murs, oui, du moins pour les 70 prochaines années, durée du bail emphytéotique. Pour le fonds de commerce, une société d’économie mixte, la SOCOMIX, a été créée pour gérer l’établissement de luxe. Txotxolo a pris la peine de consulter le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes pour constater que la ville ne pèse plus que 55,6 % du capital (55,76 % depuis une recapitalisation en juillet) et que la part de la filiale de JCDecaux, rachat d’actions après rachat d’actions, dépasse désormais les 39 %…

De quoi préparer une OPA en douceur ? Txotxolo n’est pas la seule à s’inquiéter d’une privation rampante d’un des symboles de notre belle ville alors que la SOCOMIX est très lourdement endettée (pas loin de 60 millions d’euros !!!!) et que les résultats du groupe Hyatt, choisi par Michel Veunac (si, si souvenez-vous, l’ancien maire de Biarritz), qui exploite l’établissement, ne sont pas ceux escomptés. Au point que la ville a dû voter en avril dernier une « modulation » (on appelle ça comme ça quand on ne veut pas dire un cadeau) des loyers qui lui sont versés. Quelque 60 000 euros en moins pour les caisses municipales quand même…

La faute à qui ? Txotxolo ne veut pas jouer les vilaines dénonciatrices – quoique – mais comment ne pas blâmer les catastrophiques décisions de l’équipe de Michel Veunac (puisqu’on vous le dit qu’il a été maire de Biarritz et chouchou d’Emmanuel Macron et pote de boudoir du manipulateur en excédent de poids, le sénateur Brisson).

Le montage, qualifié par beaucoup de bancal et d’irréaliste, pour financer, en 2018, les 65 millions d’euros de travaux de rénovation du Palace s’appuyait sur un «business plan » qui s’est notamment fracassé sur la crise du Covid.

Mais qu’a fait l’actuelle maire de Biarritz, par ailleurs présidente de la SOCOMIX et pourtant raide dingue de l’impératrice Eugénie, durant son mandat ? Pas grand-chose, ne peut que déplorer Txotxolo. Sinon annoncer que la vente de l’hôtel du Palais n’est pas une question taboue et qu’elle se posera lors de la prochaine mandature. (Coucou, on y est. La campagne est là. Allo Madame La maire ?). Les Biarrots sont prévenus…

Txotxolo n’est pas hôtelier, encore moins banquier, mais les candidats aux élections municipales ne pourront pas faire l’économie du sujet. Et ça, c’est affiché en 4×3.

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